Il y a des mythes qui ont l’air de raconter une vieille histoire de vlà ben longtemps.
Pis finalement, ils viennent te frapper dans la face avec une vérité que t’aurais peut-être préféré éviter.
Le mythe de Déméter et Perséphone fait partie de ceux-là.
À première vue, c’est l’histoire d’une mère et de sa fille.
L’histoire de l’hiver qui arrive.
Du printemps qui revient.
Mais en dessous, il y a quelque chose de pas mal plus difficile à avaler :
aimer quelqu’un ne donne pas le pouvoir de le garder.
Quand la perte dérègle le monde.
Dans le mythe, Perséphone, la fille de Déméter, est enlevée par Hadès et emmenée dans le monde souterrain.
Déméter la cherche partout.
Elle la cherche au point d’en oublier le reste.
Au point où la terre entière se met à manquer de quelque chose.
Plus rien ne pousse.
Plus rien ne fleurit.
Le monde se fige.
Dans ce mythe-là, la perte d’une fille devient la perte du printemps.
Une image de tristesse, oui.
Mais pas seulement.
C’est une image de dérèglement.
Comme si le lien brisé entre une mère et sa fille chambranlait tout l’ordre du vivant.
Ça, c’est fort.
Et c’est là qu’on commence à creuser.
Un mythe sur ce qu’on ne peut pas retenir.
On parle de l’amour maternel comme d’une évidence douce.
Quelque chose qui protège, nourrit, rassure.
Mais dans les mythes, les mères ne sont pas toujours juste douces.
Surtout pas quand on parle des dieux.
Elles aiment fort.
Elles protègent.
Elles cherchent.
Et parfois, elles refusent de perdre ce qu’elles aiment.
Déméter, ce n’est pas seulement « la mère ».
C’est une mère frappée de plein fouet par une séparation qu’elle n’a pas choisie.
Et on peut la comprendre.
Certains liens nous construisent tellement fort que lorsqu’ils changent de forme, on ne le vit pas tout de suite comme une évolution.
On le vit comme une catastrophe.
Le mythe ne dit pas : détache-toi, ça va bien aller.
Il dit plutôt :
il y a des séparations qu’on ne traverse pas proprement.
Il y a des départs qu’on ne choisit pas.
Des passages qu’on ne contrôle pas.
Des liens qui ne disparaissent pas, mais qui ne peuvent plus exister exactement comme avant.
Perséphone ne revient pas comme si rien ne s’était passé.
Déméter ne redevient pas celle qu’elle était avant.
Le monde non plus.
C’est ça qui me touche dans ce mythe-là.
Il ne raconte pas un grand retour lumineux où tout se replace comme avant, avec musique épique pis petits oiseaux en arrière-plan.
Il raconte un retour partiel.
Un arrangement imparfait.
Une forme de paix, peut-être.
Mais pas une réparation complète.
Le lien survit.
Mais autrement.
Pis pas nécessairement de la façon qu’on aurait voulue.
Aimer sans pouvoir garder.
Perséphone revient, oui.
Mais pas pour toujours.
Une partie d’elle appartient désormais à l’autre monde.
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Petit détail qui change tout.
Dans plusieurs versions du mythe, Perséphone mange quelques grains de grenade dans le monde souterrain.
Et dans les mythes, manger quelque chose là-bas, ce n’est jamais juste « prendre une petite bouchée ».
Ça crée un lien.
Une attache.
Une conséquence.
Disons que c’est pas exactement la collation qu’on glisse dans une boîte à lunch sans lire les petits caractères. 😅
C’est aussi pour ça que Perséphone ne peut plus revenir complètement.
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Il y a quelque chose de très vrai là-dedans.
Grandir, aimer, laisser partir, se séparer, se retrouver : tout ça ne se fait pas sans perte.
Pas sans transformation.
Pas sans qu’une partie de l’ancien monde disparaisse.
Ou même, des fois, une partie de nous.
C’est probablement pour ça que ce mythe-là me remue autant.
Parce qu’il parle de maternité, oui.
Mais il parle surtout de tout lien où l’amour ne suffit pas à empêcher l’autre de devenir autre.
Et ben honnêtement, il y a quelque chose là-dedans qui me serre un peu dans le ventre.
Parce que j’aimerais ça, moi aussi, des fois, que l’amour soit suffisant.
Suffisant pour retenir.
Pour protéger.
Pour empêcher la descente.
Pour éviter que quelque chose change pour toujours.
Mais c’est rarement ça que racontent les mythes.
Les mythes ne nous flattent pas toujours dans le sens du poil.
Ils viennent souvent nous déposer une vérité un peu plate sur la table, pis ils nous regardent faire avec.
Ici, la vérité, c’est celle-là :
aimer, c’est aussi devoir composer avec ce qui nous échappe.
C’est pas tout le temps comme ça.
Pas avec tous nos liens.
Mais c’est assez fréquent pour qu’on le reconnaisse quand ça arrive.
Ce moment où l’amour est encore là…
mais où la forme du lien, elle, ne peut plus rester pareille.
Le mythe de Déméter et Perséphone ne parle donc pas seulement d’une mère qui perd et retrouve sa fille.
Il parle de ce que ça coûte, aimer.
De ce que ça demande, laisser partir.
Et de cette vérité pas super confortable :
on peut aimer de tout son cœur
sans pouvoir garder l’autre exactement là où on voudrait.
C’est un peu ce que j’explore aussi à travers les récits en Design Humain : comprendre nos façons d’aimer, de retenir, de laisser aller.
Et toi, ce mythe-là, il vient toucher quoi?
Une séparation?
Un lien qui change?
Une personne qu’il a fallu aimer autrement?
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Féminin par défaut, porte grande ouverte.
Ici, j’utilise souvent le féminin par proximité avec mon lectorat.
Mais l’invitation reste ouverte à tout le monde. Même si tu ne t’appelles pas Ginette. Entre pareil.


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